TCHAD: LETTRE OUVERTE DE LA SOCIETE CIVILE AU PRESIDENT DEBY
A
Monsieur le Président de la République du Tchad, Chef de l’Etat
Objet : Crise Sociale
Monsieur le Président,
Nous venons par la présente auprès de votre très haute bienveillance, exprimer le malaise dans lequel se trouve confrontée la population tchadienne. Ce malaise se décline de la façon suivante :
- Cherté de la vie
les prix des denrées de 1ères nécessités sont passés du simple aubdouble pour la plupart (mil, riz, mais, sucre, huile, lait, pain etc.). La politique de votre gouvernement tendant à baisser les prix n’a eu aucun effet et nombreuses sont les familles qui ne mangent plus un repas par jour.
- Crise énergétique
le gouvernement a un beau matin interdit l’utilisation du charbon de bois sans sensibilisation ni mesure d’accompagnement. Apres plusieurs manifestations notamment celles des femmes, durement réprimée par les forces de sécurité, aucune solution idoine n’a été mise en œuvre. Le bois mort coûte cher (au moins 1.000 FCFA de bois pour un repas de cuisson rapide, pour une famille de 5 personnes). Le gaz butane est inexistant et les prix viennent d’être revus à la hausse alors que le pouvoir d’achat des tchadien(es) est resté stagnant. Par ailleurs, l’accès à l’électricité est resté l’apanage des nantis (es) qui peuvent se la procurer, à défaut de mieux, un groupe électrogène. L’Etat ne procure plus de l’électricité aux citoyens, malgré l’opérationnalité de la raffinerie de Djarmaya. L’espoir qu’a suscité votre déclaration du 29 juin 2011, lors de l’inauguration de ladite raffinerie s’est vite estompé et a fait place au désarroi. Non seulement le carburant se fait rare dans les stations services de la ville, mais on assiste à une spéculation de ce bien commun à tous les tchadiens par des cercles bien connus du pouvoir qui s’arrogent le monopole d’achat et de revente du pétrole de Djarmaya au détriment des populations. Trois mois après vos rassurantes déclarations, la population se voit désabusée, car c’est le contraire qui se produit. Non seulement le délai de 90 jours d’essai avec des prix déjà jugés assez élevés n’était pas respecté, parce que c’est plusieurs semaines après votre discours officiel que les produits arrivent à compte-goutte sur le marché national, mais à peine ce délai expiré, on se retrouve avec de nouveaux prix qui passent presque du simple au double, suite à l’arrêté du ministère du commerce du 14 octobre 2011, rendu public le 16 Octobre 2011. Cet arrêté a une fois de plus plongé toute la population dans la désolation, car vous deviez sans doute vous rendre compte du tollé général qu’a provoqué et continue de provoquer cette hausse inexplicable des prix des produits pétroliers tchadiens exprimée à travers les média tant publics que privés. A titre d’exemple, le litre de super qui se vendait dans la période d’essai à 330 F CFA se vend aujourd’hui à 490 F CFA, soit une augmentation de 160 F CFA sur un seul litre d’essence.
- L’accès à l’eau potable
même dans la capitale N’djaména, l’accès à l’eau potable est très limité. L’on peut rester pendant 4 à 10 jours sans voir l’eau couler au robinet et sans une réaction adéquate de votre gouvernement. L’eau du robinet quand il y’ en a, n’est pas potable et est source de maladies hydriques.
- Accès à la santé
avoir accès aux médicaments reste un problème majeur des populations malgré que la promesse de gratuité des soins de santé primaire soit l’un des éléments du mandat social passé. Votre gouvernement a laissé se développer les activités parallèles de soins et de vente illicite des produits pharmaceutiques par de non professionnels appelé communément docteur « Choukou » et docteur « Djim ». La décision d’interdire brutalement cette activité a laissé ainsi les pauvres dans le désarroi et les jeunes chefs de famille sans activités de substitution. Le traitement de cette situation devrait faire l’objet de réflexion, de large concertation et sensibilisation dans l’unique intérêt de ménager une population déjà fragilisée par la cherté de la vie.
- Accès à un salaire acceptable
depuis plusieurs années les travailleurs des secteurs publics et privés ont soumis à travers leurs syndicats des doléances parmi lesquelles l’augmentation des salaires. Notre pays à travers l’exploitation du pétrole a engrangé des ressources complémentaires considérables pour répondre favorablement à cette revendication. Nous ne comprenons pas les manœuvres de votre gouvernement qui continue à mener les travailleurs en bateau. Pendant que la richesse pétrolière n’a pas permis de sortir le travailleur tchadien de la misère, elle a accentué les mauvaises pratiques qui sont entre autres la corruption, et détournement des deniers publics. Pourtant dans des pays ayant le même niveau de développement que le notre, l’exploitation des richesses naturelles a considérablement révolutionné les conditions de vie des salariés.
- Crise à l’université de N’djaména
l’université de N’Djaména est perturbée depuis un certain temps du fait de l’irrégularité dans le versement des bourses entrainant des mouvements de protestions des étudiants.
Vous avez, Monsieur le Président, vous a été élu sur la base d’un programme et vous avez placé votre mandat actuel sous le signe du développement rural et de la renaissance, créant ainsi l’espoir de voir les conditions de vie des populations s’améliorer et faire de notre pays un havre de paix. Cependant, nous constatons avec regret que vos promesses lors de vos différentes déclarations ne sont pas tenues. Ces derniers temps votre Gouvernement s’est illustré par des mesures qui ne sont pas de nature à consolider la paix et améliorer les conditions de vie des populations. Les organisations de la société civile, soucieuses du bien-être de la population ne sauraient rester trop longtemps silencieuses et passives face à cette dérive dangereuse de gouvernance. Elles vous demandent d’être cohérent et conséquent avec vous-même, en établissant une corrélation entre les promesses que vous faites et leurs réalisations. Aujourd’hui, la population se demande à quoi sert d’avoir une raffinerie, si cette dernière n’est pas capable de fournir du gaz en quantité et à un prix abordable, de l’électricité en permanence, et d’autres produits dérivés à la bourse des ménages tchadiens. La population tchadienne aimerait vous voir, Monsieur le Président, joindre l’acte à la parole en faisant du bien-être social de vos concitoyens votre préoccupation première. Vous aurez ainsi donné, de par vos actions salutaires, un sens et un contenu à votre leitmotiv, la renaissance du Tchad sous votre nouveau quinquennat, renaissance que nous appelons de tous nos vœux et que nous souhaitons vraie, sincère et concrète pour le bonheur et la prospérité du peuple tchadien A ce titre, les organisations signataires de la présente lettre ouverte vous recommandent de prendre les mesures suivantes afin de juguler cette crise sociale qui perdure : Veiller à ce que nul groupe d’intérêts ne s’approprie le monopole de distribution des produits pétroliers ; Faire appliquer le Décret pris il y a un an pour lutter contre la cherté de vie en fixant les prix des denrées de première nécessité ; Impliquer la société civile dans les négociations tendant à fixer les nouveaux tarifs de vente des produits de la raffinerie de Djarmaya ; Accéder aux revendications des syndicats relatives à l’augmentation des salaires ; Annuler l’arrêté fixant les nouveaux tarifs des produits pétroliers ; Assurer la fourniture régulière de l’eau, de l’électricité et du gaz butane aux ménages ; Reprendre les discussions avec la Compagnie chinoise (CNPCI) en associant les Organisations de la Société Civile (y compris les organisations des femmes et jeunes); Commanditer un audit de rentabilité sur les investissements de la CNPCI afin de déterminer un plan de remboursement des investissements consentis ; Redynamiser le comité de suivi des prix des produits de premières nécessité ; Mettre l’ordre des pharmaciens à contribution pour que les règles relatives à la tenue des pharmacies et la redistribution des médicaments soient respectées ; Assurer le versement régulier des bourses des étudiants et améliorer leurs conditions d’études, etc. Veuillez recevoir, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute et distinguée considération.
Les signataires:
Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH) - MASSALBAYE TENEBAYE : Président Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales au Tchad (APLFT) - BANADJI BOGUEL Pyrrhus : Président Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) - DOUMNGUINAM GOSNGAR : Président Tchad Non Violence (TNV) - PAFING GUIRKI : Coordonnateur Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (ATPDH) - BODINGAR MAHAMAT : Vice Président L’Union des Syndicats du Tchad (UST) - BARKA Michel : Président L’Association de Défense des Droits des Consommateurs (ADC) - YAYA SIDJIM : Représentant Association des Femmes Juristes du Tchad (AFJT) - Mme MEKOMBE Thérèse : Présidente Le Mouvement Citoyen pour la Préservation des Libertés (MCPL) - DJEKOMBE François : Coordonnateur Collectif des Associations et Mouvements des Jeunes du Tchad (CAMOJET) - MAHAMAT ZENE CHERIF : Secrétaire Général Association, Action des Partenaires pour l’Appui au Développement (APAD) - NGARASSAL SAHAM Jacques : Gestionnaire Association RAFIGUI - DOBSOUMOUNA DOUMNGOUL Armand : Président Commission Permanente Pétrole de N’Djaména - NASSINGAR RIMTEBAYE RIM : Coordonnateur Alliance des Associations des Défenseurs des Droits Humains et de l’Environnement - ABBA DAOUD NANDJEDE : Président